Les Indes Galantes

Les Indes Galantes

Dimanche 29 décembre 2019 à 15h

Grand Théâtre de Genève
 » Les Indes Galantes « 
 Opéra-Ballet de Jean-Philippe RAMEAU (1735)
Chœurs du Grand Théâtre et la Capella Mediterranea
Sous la direction de Leonardo Garcia ALARCON

– À l’époque de Rameau, tous les rivages éloignés sont des   « Indes », (occidentales, orientales, asiatiques, américaines,) et ‘galant’ a bien plus le sens ‘d’érotique’, que de ‘prévenant’.
Louis Fuzelier, le librettiste des Indes galantes, s’inspire de l’engouement de l’époque pour les relations de voyage : Jésuites, aventuriers, premières traductions des Mille et Une Nuits.

Le thème de son intrigue se résume assez simplement : l’Amour règne en maître, même dans les climats les plus exotiques. Ce fil rouge relie les quatre contes. Le prologue de l’opéra pose le postulat de l’œuvre: Hébé, déesse de la jeunesse, déplore la séduction de ses fidèles par Bellone, déesse de la guerre, qui leur promet la gloire des armes. Hébé appelle l’Amour à la rescousse pour qu’il envoie ses « petits Cupidons ailés « recruter des guerrières et guerriers pour la cause galante. Quatre tableaux consécutifs décrivent, dans un endroit différent du monde, le conflit érotique entre les autochtones  « conquis » respectifs et leurs « conquérants ».

L’état actuel du Monde nous invite à la réflexion une semaine après le Roi Carotte de LYON où vous pouvez toujours vous inscrire.

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2 thoughts on “Les Indes Galantes

  1. L’affiche était alléchante : « Les Indes Galantes » ! On allait voyager : Turquie ! Pérou ! Perse ! Amérique du Nord ! On allait profiter, ce dimanche, de Rameau !
    Bonne idée, d’ailleurs, de faire la présentation avant-spectacle au foyer du Grand Théâtre de Genève. Sous les ors de ce foyer magnifiquement restauré, on était vraiment dans l’ambiance « Louis XV ». Le présentateur nous accompagnait fort-à-propos dans le siècle des Lumières : Voltaire, Jean Jacques Rousseau, la querelle des Bouffons, la vie et l’œuvre de Jean Philippe Rameau. Tout y était. Tout juste pouvait-on regretter un peu la bonhommie de notre habituel présentateur, qui a tiré sa révérence en fin de saison dernière et qui agrémentait son discours d’extraits musicaux de l’œuvre qu’on allait voir et écouter.
    Tout allait bien. Quoique … vers la fin … mezza-voce … en marchant sur des œufs … : « Il faut pourtant que je vous parle de la mise en scène ». Aïe, aïe, aïe … mitraillettes … obus … horreurs de la guerre … Une transposition en bonne et due forme qui ne voulait pas dire son nom dans une bonne vieille guerre contemporaine.
    Dès l’ouverture, la noirceur s’est installée. Une horde a envahi la scène, en noir de la tête aux pieds. Si le parti-pris de la mise en scène était de nous transporter à une époque troublée et violente, qu’au moins les guerriers soient méchants et leur chef en fureur. Au lieu de cela une troupe de patronage dont l’objectif principal semblait être de ne pas amocher le copain-esclave d’en face. Et dans la bouche du chef supposé sanguinaire on aurait pu s’attendre à des paroles autrement plus farouches que :
    « La gloire vous appelle : écoutez ses trompettes !
    Hâtez-vous, armez-vous, et devenez guerriers !
    Quittez ces paisibles retraites !
    Combattez, combattez, il est temps de cueillir des lauriers »
    Un peu mièvre tout ça. Quelques « Schnell » bien sentis nous auraient peut-être effrayé.
    Première entrée (Le Turc Généreux).
    Pas le temps de changer de costume, un simple turban fera bien l’affaire pour changer le chef furibond en pacha ridicule.
    On nous avait dit que l’argument de cette première entrée faisait penser à « L’Enlèvement au Sérail ». Au vu de la danse des petits lits blancs d’une propreté contestable, j’ai plutôt pensé à « Paillasse ».
    Deuxième entrée (Les Incas du Pérou)
    Pour les ors du Temple du Soleil, tintin ! on repassera. Eclipse totale ! Un Inca en pyjama et même pas un grand prêtre en tenue ad-hoc !
    Après l’entracte, peut-être un peu honteux de la noirceur de la première partie, le théâtre nous propose un retour au siècle des Lumières avec un rideau lumineux, peut-être représentant le plafond du foyer du Grand Théâtre. Espoir de courte durée. Au lever de rideau tout redevient noir (l’éclairage) et blanc (les paillasses), les guerriers en moins toutefois.
    Troisième entrée (Les fleurs, fête persane)
    Foin des fleurs ! Même avec un œil … de lynx, impossible de trouver un rameau de tulipes. Juste un petit tapis de verdure et du lierre perce-muraille grimpant à la vitesse grand V aux colonnes du décor.
    « Que sont devenues les fleurs du temps qui passe ?
    Que sont devenues les fleurs du temps passé ? »
    Quatrième entrée (Les sauvages)
    J’avoue m’être concentré sur la musique sublime en oubliant un peu ce qui se passait sur la scène.
    A ceux qui seraient tentés d’assister à cette production des Indes Galantes pour écouter de la bonne musique et de bons chanteurs, je leur dirais : « Pas d’hésitation, allez-y les yeux fermés ».

    1. Bonjour Claude,

      Merci et bravo pour ton article. Notre rôle est de partager des réactions, des ressentis qui ne sont pas nécessairement des coups de cœurs mais aussi sinon des coups de gueules, tout au moins des coups de griffes. Ceci pour inviter d’autres spectateurs ou auditeurs à en débattre.

      C’est la raison pour laquelle, je te suggère vivement de poster cet article sur le site en cliquant sur les Indes Galantes onglet « laisser un commentaire » ce qui favorise la vision extérieure à l’Association.
      Je n’ai pas vu ce spectacle. Donc je ne peux porter de jugement ni sur le fond ni sur la forme.
      Mais par contre, je sais que c’est un des ouvrages les plus difficiles à mettre en scène car le livret de Fuzelier est plus allégorique qu’illustratif. Et déjà à sa création, se posait le problème de ce qui devait être raconté donc montré car chacun se fabriquait ses « Indes », son exotisme, sa vision de l’étrange donc de l’étranger. Et le mot galant n’a pas le même sens aujourd’hui qu’alors. Et puis sont passés par là Montesquieu, Rousseau Et que veut dire Sauvage au XVIIIème Siècle…et maintenant ?

      Quelle lecture pouvons-nous en faire aujourd’hui ? Le cas s’était déjà présenté avec 3 formidables spectacles « ramistes » : l’inoubliable PLATEE mis en scène par Laurent PELLY (souvenons-nous de la Folie) comme d’ailleurs ses BOREADES loin d’une esthétique baroquisante ou le même ouvrage avec Robert CARSEN.

      Dans un genre « visuel » très différent, il faut voir l’Hipollyte et Aricie dans la « reconstitution » d’Ivan Alexandre.

      Mais en effet, quelque soit l’option esthétique choisie, il faut que l’on puisse décrypter une histoire (beaucoup voient l’ouvrage pour la 1ère fois) au 1èr coup d’œil et que ce qui est donné à voir donne envie de le regarder (sans a-priori ou sans valise encombrantes du souvenir ou de l’attente imaginative) et ajoute la dimension du cœur et de l’Esprit.

      Donc celle de l’intelligence. Tous ces paramètres ne sont pas toujours réunis conjointement. La fastueuse et très cinématographique TOSCA de l’Ouverture de la Saison de la SCALA en fait-elle pour autant un spectacle intéressant ou une production de plus ?

      Je prendrai le temps d’écrire une Plume sur « l’Interprétation » et ce qu’est une Mise en scène.
      S’ agissant des Indes, 3 productions ont marqué ces 50 dernières années :

      La production très « archéologique » de Maurice LEHMAN façon CHÂTELET,
      Celle d’Alfredo ARIAS (façon cirque) à Aix en Provence.
      Celle D’Andrei SERBAN à PARIS avec les Arts Florissants de William CHRISTIE disponible en 2 DVD Durée 4h10

      Mais intéressez-vous aux productions »modernes » de 2 chorégraphes :

      Par Laura SCOZZI et dirigée par Christophe ROUSSET
      Celle du Festival de Munich de Sidi-Larbi CHERKAOUI dirigée par IVOR BOLTON

      Bien cordialement.

      Hubert

      Ps : Pour info, un très intéressant entretien avec Alfredo ARIAS à propos de sa production d’AIX en Provence

      Alfredo Arias s’explique sur ses «Indes galantes», bien discutées au Festival d’Aix

      «L’ironie sur l’art est une forme de tendresse»

      AIX-EN-PROVENCE

      De notre envoyé spécial

      Alfredo Arias travaille profond et bien sans être très médiatisé. Il est presque étonné que tant de projecteurs et de micros se tendent vers lui pour sa mise en cirque du premier opéra de Rameau, au sortir d’une autre production remarquée, où le merveilleux côtoie le spectaculaire, «Les Contes d’Hoffmann», à Genève.

      – A quel genre appartiennent «Les Indes galantes»? A l’opéra? au ballet? au musical?

      – «Les Indes galantes» sont un cocktail de genres. Chacune des quatre entrées est différente des autres, mais elle est structurée de la même manière: une exposition chantée de l’action, suivie d’une célébration dansée avec intervention du choeur et des solistes pour l’apothéose amoureuse.

      – Comment avez-vous pénétré dans cet ouvrage?

      – Ma première impression était celle d’un ouvrage lointain, difficile d’accès, hors de ma propre culture théâtrale et musicale… Impression suivie de la question: comment le faire éventuellement passer au public? Cette difficulté s’est muée en avantage quand je me suis demandé «Qu’est-ce qui peut toucher le public là-dedans?» car j’ai trouvé que la pièce renferme un potentiel de sensualité, une invitation à la familiarité qui ne nuit pas à son élégance… Restait le problème technique de la transcription pour le spectateur d’aujourd’hui. J’ai pensé aux fêtes d’aficionados d’opéra où l’on se moque de ce qu’on aime le plus, c’est-à-dire du lyrique et de ses conventions. Il ne faut pas avoir peur des blagues car elles humanisent les rituels, elles favorisent l’appropriation. L’ironie sur l’art est une forme de tendresse. Cela donne un sens au tragi-comique un peu dé-suet de cet opéra-ballet. Inutile de sortir la grosse artillerie philosophique du XVIIIe siècle pour présenter un divertissement!

      «LES INDES» SONT UN OUVRAGE

      POUR LE PLAISIR

      – Comment est apparue l’idée de placer l’action dans un cirque?

      – Quel endroit poétique où faire coexister l’ironie et l’émotion? Rameau dit des «Indes galantes»: «ouvrage contrasté, voluptueux et facile…». C’est un ouvrage pour le plaisir. La piste du cirque est un lieu idéal pour condenser ce qui ne l’est pas ordinairement: les tigres, le magicien, le funambule, Monsieur Muscle…

      – Le texte ne nous parle plus tellement; il n’est pas impérissable.

      – Nous avons perdu le référentiel social du livret, mais il permet de nous amuser sérieusement; il faut être conscient de cette dialectique. Au théâtre, je me suis souvent occupé des choses «pas toujours fondamentales» car la trace de l’homme y est autant marquée que dans les oeuvres dites grandes. C’est le cas du musical, de la comédie policière. Borges a assez montré que le roman policier était un des instruments très révélateurs du mystére de l’homme, non? La métaphysique ne se trouve pas uniquement dans les grands traités allemands!

      De plus, il a fallu beaucoup d’erreurs pour faire un génie comme Mozart ou Shakespeare qui ont condensé les expériences des autres. Battre ce chemin qui va vers la création (avec toutes ses erreurs) m’intéresse. Ce cheminement inabouti, on l’a dans le livret. La musique, par contre, elle est déjà au bon carrefour du génie.

      – La difficulté n’est-elle pas ici de trouver une unité de ton entre les passages qui se prêtent à la caricature et ceux où le «sublime» de la musique n’y prête pas?.. Pourquoi ne pas moquer le «sublime» aussi? C’est aussi de la tendresse…

      – Il est certain que Rameau ne manquait pas d’un certain humour quand il demandait un tremblement de terre sur la scène. Je n’ai presque pas touché aux grandes zones musicales cadrées par le comique parce qu’il faut réserver des moments sensibles et des respirations musicales non trépidantes. Je ne sais pas si on l’a vue, mais j’ai donné une clé quelques minutes avant la fin du spectacle en arrêtant tout sur la scène, en baissant l’éclairage et en laissant l’espace entier à la musique dans sa pureté. Je voulais donner une image chatoyante mais qui n’annihile pas l’écoute.

      JE NE PROPOSE

      QU’UNE HUMBLE CLÉ

      – À aucun moment vous n’avez été tenté par une forme de reconstitution?

      – J’ai travaillé naguère dans cette direction avec des spécialistes, notamment pour les costumes. J’ai appris beaucoup, mais surtout que le public comprend rarement; «l’époque» m’intéresse si elle peut devenir une chose familière. Les gilets, les corsets, n’existent pas s’il n’y a pas l’émotion de ces costumes… Mon travail est de regarder et de filtrer, avec mon vécu et ma fragilité. Comme mes collègues, je ne propose pas une clé unique mais une humble clé pour une serrure qui peut s’ouvrir d’un nombre infini de manières.

      – Pratiquement, comment avez-vous travaillé?

      – Je ne suis pas intervenu dans la distribution, mais William Christie m’a longuement décrit les chanteurs. Le travail scénique s’est fait en deux temps. En janvier, j’ai dû expliquer à la chorégraphe toute la mise en scène parce qu’elle devait travailler beaucoup de son côté (vous avez vu toute l’imbrication entre la mise en scène et la danse dans ce spectacle!). En fait, j’ai travaillé un mois avec elle et un mois encore juste avant la première avec tout le monde. Quant à Christie, je lui ai expliqué la sensation que l’ouvrage devait, selon moi, dégager. William a beaucoup d’humour; il a compris qu’il fallait créer une perception vivante, un peu électrique… C’est différent d’un disque, que les puristes sont toujours libres d’écouter si leur Rameau ne supporte pas ma narration.

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