L’ENLÈVEMENT AU SÉRAIL

L’ENLÈVEMENT AU SÉRAIL

Dimanche 26 janvier 2019 à 15h

Grand Théâtre de Genève
 » L’Enlèvement au Sérail « 
de W.A. Mozart

« On a souvent mis l’accent sur l’orientalisme exotique et forcé de ce « jeu chanté », riche en caricatures plus osées les unes que les autres, car on est ici à l’extrême opposé du politiquement correct, à tels point que toute profondeur disparaît de cette farce, ridiculisant tour à tour le Turc ottoman aux portes de Vienne et le bourgeois viennois chantant sa belle. On peut revisiter cette pièce avec le regard critique d’aujourd’hui, un regard immergé dans un monde profondément différent de celui de Mozart.
Sous la plume, – à la lumière d’aujourd’hui -, de la poétesse turque ASLI ERDOĞAN et dans le concept du metteur en scène belge LUCK PERCEVAL, la pièce prendra cependant des résonances consonantes et dissonantes à la fois, épiques et d’une intime tristesse. Comme les Don Quichotte, les personnages de l’histoire se retrouveront ici esseulés et perdus dans une foule qu’agite une vie absurde. Arriveront-ils à se tirer de leur propre sérail ?

Le grand chef Italien, FABIO BIONDI, vedette du renouveau de la pratique historique avec son en-semble – Europa Galante – dirige pour la première fois l’Orchestre de la Suisse Romande dans cette farce douce-amère, où la jeune troupe de solistes mozartiens sera flanquée des acteurs : leurs doubles devenus vieux.
Le Grand théâtre de Genève ouvre donc les portes du sérail pour une turquerie contemporaine, loin des clichés habituels, et laisse parler une des actrices principales de la résistance au pouvoir arbitraire du président turc. Une critique dévoilée des absolutismes et abus de pouvoir en tout genre.

Avec les Chœurs du Grand Théâtre de Genève.

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  1. Dialogues Imaginaires

    Protagonistes :
    Wolfgang : le divin Mozart
    Luk / Lucas (Perceval) : metteur en scène (belge)
    Asli (Erdogan) : adaptation du livret (turque)
    Fabio (Biondi) : chef d’orchestre (italien)

    Wolfgang
    Vois-tu, mon cher Lucas, du haut du Paradis,
    Je surveille mes œuvres, j’écoute ce qu’on en dit,
    Comment on les prépare, à quelles sauces on les mange,
    Quelquefois ça me plait, parfois ça me dérange.
    Hélas, j’en ai vu des vertes et des pas-mûres,
    Des Don Juan loubards, des mises en scène obscures,
    Mais je n’ai pas encore non, non, non, trois fois non,
    Concernant mon Sérail, subi un tel affront.

    Lucas
    Ami Wolfgang, ne te mets pas en colère.
    Je vis avec mon temps et donc je considère
    Que toutes les turqueries de ton Enlèvement
    Nécessitaient, une fois, un prompt rafraîchiss’ment.
    Tu n’as curieusement pas fait chanter Sélim,
    Moi je l’ai supprimé, après tout, est-ce un crime ?
    Adieu Constantinople, adieu Mamamouchi.
    Et comm’ l’orientalisme se doit d’être aboli,
    En y mettant en scène des p’tits vieux qui déraillent,
    J’ai même osé choisir brancard avant sérail.

    Wolfgang
    Asli, je pourrais concevoir que ton ressentiment
    T’incite à rejeter toute idée de sultan.
    Avec tout le respect que ton combat m’inspire,
    Massacrer mon Sérail, à quoi ça peut servir ?
    Au contraire, l’opéra devrait combler tes vœux
    S’agissant de l’histoire d’un turc généreux.
    Mes janissaires deviennent de malheureux pékins,
    Tu supprimes le Pacha … c’est mieux, un Mandarin ?
    De plus, ma chère Asli, sachant ton patronyme,
    On t’aurait pardonné de prendre un pseudonyme.

    Asli
    Des turcs généreux, mais ça n’existe point !
    Pour dénouer ton intrigue, il fallait bien une fin !
    N’oublie pas cher Wolfgang que tu parles d’esclaves,
    De femmes emprisonnées, qui tremblent et qui en bavent.
    Comme tu l’imagines, je me sens concernée
    Et j’agis sans relâche pour tout éradiquer.

    Wolfgang
    Ah Fabio, toi aussi tu t’es bien fourvoyé.
    Aux modernes sirènes tu n’as pas résisté.
    D’aucuns m’ont reproché d’avoir mis trop de notes,
    Tu as emboité l’pas de ces vaines parlottes.
    Au moins, tu as sauvé pas mal d’airs du naufrage
    Et pour cette raison je dois te rendre hommage.
    Dans ces instants bénis, tu conduis l’Enlèv’ment
    Avec cette distinction qu’on appelle talent.

    Fabio
    Mama mia, Wolfgang, je suis un fils indigne.
    J’entends les spectateurs dans la salle qui trépignent.
    Car ta musique, c’est vrai, est une musique sublime,
    Elle a, par sa beauté, laissé sans voix Sélim.
    Entre les monologues, la fraîcheur de tes airs
    Est comme une oasis au milieu d’un désert.
    J’aime tous les chemins par où tu nous conduis
    Avec cette distinction qu’on appelle génie.

    Wolfgang (pour conclure)
    Après c’tour d’horizon des mille et une recettes
    Qui d’opéra velouté font des soupes aigrelettes,
    Je vois que les artistes dont ce sont les pratiques,
    En mal d’inspiration, maltraitent ma musique.
    Comme il y a trop de notes, vous eûtes cette idée,
    En sabrant sans vergogne, d’en bouffer la moitié.
    Je n’ai pas un atome, une ombre de méchanc’té,
    Mais en croquant mes notes, vous allez l’regretter,
    Au paradis, morbleu, n’allez pas l’emporter :
    L’fantôm’ du Commandeur va vous persécuter
    Et la Reine de la Nuit, si ce n’est pas assez,
    Avec ses doubles croches va vous pendr’ par les pieds.
    Vous avez fait jouer sans arrêt le spectacle,
    Peut-être avez-vous craint, à mi-temps, la débâcle ?
    Alors en conclusion, permettez une pensée
    A tous les abonnés qu’vous avez couillonnés.

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