Les Huguenots

Les Huguenots

Dimanche 1 mars  à 15 heures

Grand Théâtre de Genève
« LES HUGUENOTS »
de Mayerbeer

Dans l’opéra de Giacomo Meyerbeer, dont le livret fut écrit par Eugène Scribe et Emile Deschamps, c’est la guerre des religions qui divise le monde. Les Huguenots fut un des plus grands succès de Giacomo Meyerbeer à Paris et en Europe. Son triomphe dans le public et la presse lui attira les foudres renouvelées de Richard Wagner. En tant que compositeur juif, il fut plus tard banni du répertoire par les nazis. Ce chef-d’œuvre du genre du Grand Opéra sera ici défendu par personne moins que le grand chef français Marc Minkowski, expert de l’œuvre, des solistes vedettes comme John Osborn, Michèle Pertusi ou Rachel Willis-Sørensen, ainsi que par les orfèvres de l’analyse des œuvres lyriques, Jossi Wieleret et Sergio Morabito.

 

Jouer les Huguenots sur la scène du Grand Théâtre à Genève est un hommage à l’histoire et au passé de cette ville d’accueil.Quelle place réserve-t-on encore à l’accueil à Genève et quel dialogue est possible ou nécessaire entre les schismes qui se creusent? Voilà les interrogations pressantes que soulèvent ce grand opéra sous ses apparences bourgeoises et dorées et son drame romantique sanglant !

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One thought on “Les Huguenots

  1. La Séquence du Spectateur
    Ambiance cinématographique pour ce petit compte rendu des Huguenots que nous avons vu et entendu au Grand Théâtre de Genève le Dimanche 1er Mars 2020.
    Parfaitement informés des précautions à prendre pour éviter toute Psychose face au virus (merci LYRIA et merci GTG), nous avons monté sereinement les 39 Marches de l’escalier du Grand Théâtre de Genève (chiffre à confirmer, j’ai peut-être raté quelques marches dans mon décompte !).
    En bons élèves, nous nous sommes astreints à jouer Les Intouchables.

    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Meyerbeer et les Huguenots sans jamais oser le demander.
    Comme à l’habitude, une petite conférence d’avant spectacle, présentée avec beaucoup de prestance et de conviction par M. Christopher Park (rédacteur-traducteur du GTG) sous les ors du foyer.
    A Genève, on ne pouvait pas commencer une conférence sur le protestantisme sans citer Agrippa d’Aubigné et un extrait de son poème « Les Tragiques » qui raconte les persécutions subies par les protestants. Ce qui fut fait de belle manière, malgré quelques déboires de micro.
    Un rappel historique bienvenu nous a permis de comprendre l’enchaînement des faits ayant conduit à la Nuit de la Saint Barthélémy et d’introduire les personnages et évènements historiques intervenant dans l’opéra, soit physiquement (Marguerite de Valois : la future reine Margot) soit dans le texte (Coligny, Calvin, Luther, Médicis, le siège de La Rochelle, …).
    Ensuite, la vie de Meyerbeer nous a été contée avec ses amitiés (Rossini) et ses inimitiés (Wagner). « Meyerbeer a non seulement le bonheur d’avoir du talent mais le talent d’avoir du bonheur » a dit Berlioz sans qu’on sache vraiment si c’était un compliment ou bien une pointe de jalousie de la part de cet éternel tourmenté. Meyerbeer fut le fondateur en France du Grand Opéra (sur les traces du Guillaume Tell de Rossini). Il a composé 17 opéras dont Robert le Diable, les Huguenots, l’Africaine. A retenir que les Huguenots ont été tout de même joués plus de 1000 fois !
    Un petit mot de la mise en scène. Le parti pris des metteurs en scène Jossi Wieler et Sergio Morabito a été d’éviter le kitsch d’une représentation en costumes d’époque et de nous transporter dans l’univers cinématographique, sur un plateau de tournage d’Hollywood. Pari risqué au vu des précédentes productions du GTG, mais on le verra, à mon sens, parfaitement réussi.
    En terminant, Christopher Park nous a recommandé de lire une nouvelle musicale de Balzac intitulée « Gambara » qui fait partie de la Comédie Humaine dans la rubrique « Contes Philosophiques ». Ce que nous ferons bien volontiers.

    Les Enfants du Paradis
    Conformément aux recommandations officielles, la « jauge » de la salle a été réduite à 1000 personnes. Ceci incluait les acteurs/actrices et les personnels du GTG (300 personnes tout de même) ce qui laissait 700 places pour les spectateurs (la capacité maximale du GTG étant de 1400 places).
    Un grand merci au GTG d’avoir permis à ses clients fidèles, dont LYRIA fait évidemment partie, d’avoir pu assister à cette représentation.
    Nous avons appliqué une autre recommandation de précaution en laissant libre les sièges de part et d’autre de chacun. Autant En Emporte Le Vent et l’air (d’opéra ?) a pu mieux circuler.
    On a même pu occuper les places laissées libres. Ainsi, haut perchés et recentrés, on avait une belle vue de la scène, de l’orchestre et on était en vue directe des sur-titres. Bref, une sorte de Paradis.

    Touraine Side Story
    Gérard Loubinoux nous l’avait dit, ce genre d’opéra commence toujours par une scène de foule. Transposition oblige, nous faisons connaissance avec les adhérents du Tennis Club de ce beau pays de Touraine. On découvre donc les chœurs qui seront vraiment magnifiques tout au long du spectacle.
    Noblesse Oblige, il en est de même pour les deux « basses » : Le comte de Nevers (Alexandre Duhamel) et le Comte de Saint Bris (Laurent Alvaro).
    On accordera bien sûr une mention spéciale pour le ténor John Osborn (Raoul de Nangis) très attendu et qui a tenu toutes ses promesses.
    Il existe une parfaite adéquation entre le personnage de Marcel, créé par Meyerbeer, dévoué serviteur de Raoul et austère protestant, et son Avatar cinématographique incarné par Michele Pertusi, superbe « basse » profonde et inquiétante, qui nous apparaît ici tel un Golem Incorruptible à moins que ce ne soit Frankenstein.
    Cette première partie (les deux premiers actes) est un feu d’artifice de sopranos ! Avec l’entrée en scène du page Urbain (Léa Desandre) c’est un émerveillement sans nuance. C’est vraiment une découverte, une soprano qui promet à la fois par la voix et par le jeu scénique (un clin d’œil à Charlot dans le duo entre Urbain et Marguerite, sous les Feux de la Rampe).
    Marguerite de Valois (Ana Durlovski) et Valentine (Rachel Willis-Serensen) complètent le trio de sopranos. Il est remarquable de constater leur diction parfaite, le français n’étant pas leur langue maternelle.
    Le chœur des baigneuses (dans le livret originel) se prête admirablement à sa transposition en casting pour le choix des figurantes du film en cours de réalisation : « Jeunes beautés, sous ce feuillage qui vous présente un doux ombrage, bravez le jour et la chaleur ».
    Lorsque Raoul déclame « O ciel ! où suis-je ? De mes yeux éblouis n’est-ce pas un prestige ? » alors qu’il est éclairé violemment par un projecteur de cinéma, la justesse de la transposition ne fait pas de doute.
    Mais voilà qu’ Offenbach s’invite au spectacle autant par la gaieté de l’air de Marguerite (« Si j’étais coquette, pareille conquête serait bientôt faite ») que par la mise en scène du duo un peu coquin avec Raoul.
    Le page Urbain vient interrompre ces ébats. C’est presque du Feydeau, ou plutôt du Lubitsch pour rester dans le monde du cinéma.
    Marguerite appelle Charles IX au téléphone et le texte colle tellement à cette adaptation que ça en devient surprenant. Jugeons-en. Marguerite dit : « Mon frère Charles neuf, qui connait votre zèle, tous les deux à Paris, dès ce soir vous appelle » et l’effet comique est irrésistible.
    Une autre idée très émouvante de la mise en scène est de faire intervenir sur scène des solistes (flûte puis viole d’amour) pour des dialogues très réussis avec les interprètes.
    A la fin des deux premiers actes, la réalisatrice (Marguerite) et son script (Urbain) ont bien calé leur scénario. Les personnages sont bien campés. L’intrigue se noue. Les mythiques amours impossibles nous reviennent en mémoire : Roméo et Juliette, Chimène et Rodrigue, Maria et Tony (dans West Side Story, contrariés par la rivalité entre les Sharks et les Jets). Raoul, le protestant, et Valentine, la catholique, que leurs clans opposent, vont-ils pouvoir se retrouver ?

    Il faut sauver le soldat Raoul
    Le troisième acte commence sous des airs de fête à l’occasion du mariage de Valentine et du Comte de Nevers. Jeunes filles, dames de seigneurs, bohémiennes chantent et dansent à la façon d’une comédie musicale.
    Mais bientôt la menace du complot se précise. Marcel et Raoul, La Mort aux Trousses, se dirigent vers le duel annoncé.
    Quitte à passer pour des Charlots, nos deux metteurs en scène ont transformé le classique duel avec épées en un combat de boxe. Sous nos yeux ébahis, surpris puis rieurs on voit les deux protagonistes (Raoul et Saint Bris) enfiler leurs gants et tourner autour de Marcel, devenu arbitre du combat. Ah, la malice de ces metteurs en scène des Temps Modernes !
    Raoul se perd en conjecture : Paris Brûle-t-il ? « Le danger presse et le temps vole ». Se retrouvant seul, et sentant sa dernière heure arriver son dialogue sur scène avec une clarinette basse est très émouvant.
    Ce qui devait arriver arriva. Malgré un dénouement de l’intrigue un peu précipité (renoncement de Raoul à changer de religion, conversion ultra-rapide de Valentine au protestantisme (La donna e mobile ?), Saint Bris découvrant le corps sans vie de sa fille), cette fin prévisible nous remplit de tristesse.

    The End
    Quand on aime, on compte pas !
    5 heures de spectacle (5 actes et 2 entractes) qui sont passées sans s’en apercevoir. Notre attention fut toujours en éveil pour admirer les merveilleuses voix des solistes, la présence impressionnante des chœurs et les clins d’œil malicieux et pertinents au monde du cinéma.
    A la sortie il pleut ! Serait-ce une dernière délicate attention des metteurs en scène pour nous inciter à jouer « Singing in the rain » ?
    Le retour ne fut qu’un Long Fleuve Tranquille.

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